L’optimisme envers les générations futures s’effondre à l’échelle mondiale.
19 janvier 2026 – Paris – Le Trust Barometer 2026 d’Edelman met en lumière une nouvelle étape dans la crise de la confiance : la défiance s’est transformée en repli sur soi (insularity). 7 personnes sur 10 déclarent aujourd’hui être réticentes, voire incapables, de faire confiance à quelqu’un dont les valeurs, les opinions sur les enjeux de société, l’origine ou les sources d’information diffèrent des leurs.
Ce phénomène de repli est particulièrement marqué dans les pays développés, notamment au Japon (90 %) et en Allemagne (81 %). Il dépasse également la moyenne mondiale au Royaume-Uni (76 %) et au Canada (73 %), et s’aligne sur la moyenne mondiale aux États-Unis (70 %). L’insularity traverse les niveaux de revenus, les genres et les générations, et concerne aussi bien les pays développés que les marchés émergents.
Les moteurs du repli sur soi
- Quatre dynamiques majeures alimentent cette montée de l’insularity :
Une anxiété économique à des niveaux record: Deux tiers des salariés s’inquiètent de l’impact des politiques commerciales et des droits de douane sur leur entreprise. Par ailleurs, 54 % des personnes à faibles revenus et 44 % des revenus intermédiaires estiment qu’elles risquent d’être laissées pour compte plutôt que de bénéficier réellement des avancées de l’IA générative. - Un effondrement de l’optimisme: Seuls 32 % des répondants pensent que la prochaine génération vivra mieux que la leur. Les niveaux les plus bas sont observés en France (6 %), en Allemagne (8 %, –6 points), au Canada (16 %) et aux États-Unis (21 %, –9 points).
- Une érosion de la confiance dans les institutions Les personnes à faibles revenus jugent les institutions en moyenne 18 points moins compétentes et 15 points moins éthiques que les personnes à hauts revenus. À l’échelle mondiale, les entreprises demeurent la seule institution perçue comme à la fois compétente et éthique.
- Une crise de l’information 65 % des répondants redoutent que des acteurs étrangers diffusent de fausses informations dans les médias nationaux afin d’attiser les divisions internes. Dans le même temps, seuls 39 % déclarent consulter chaque semaine des sources d’information exprimant des opinions politiques différentes des leurs.
La prochaine crise de la confiance
« Le repli sur soi est devenu la prochaine grande crise de la confiance », déclare Richard Edelman, CEO d’Edelman.
« Ces cinq dernières années, nous sommes passés de la peur à la polarisation, puis à la défiance, pour arriver aujourd’hui à l’insularity. Les individus se détournent du dialogue et du compromis, préférant la sécurité du familier au risque perçu du changement. Le nationalisme supplante la coopération mondiale, et l’intérêt individuel prime sur le progrès collectif. Nous sommes passés du “nous” au “moi”. »
La confiance se concentre désormais sur les cercles de proximité : mon CEO (66 %), mes concitoyens (64 %) et mes voisins (64 %), tandis que près de 7 personnes sur 10 estiment que les dirigeants institutionnels cherchent délibérément à induire le public en erreur.
Des conséquences directes pour les entreprises
La montée du repli sur soi alimente le nationalisme et complique la concurrence pour les entreprises multinationales.
La confiance accordée aux entreprises dont le siège est situé dans « mon pays » dépasse largement celle accordée aux entreprises étrangères, avec les écarts les plus marqués au Canada (31 points), au Japon (29 points) et en Allemagne (29 points).
Plus d’un tiers des répondants souhaitent voir moins d’entreprises étrangères opérer sur leur marché national, même si cela implique des prix plus élevés et un choix réduit. 42 % déclarent refuser d’investir dans des entreprises qui ne partagent pas leurs valeurs, et 42 % des salariés préféreraient changer de service plutôt que de travailler sous la direction d’un manager aux valeurs différentes.
Premier Trust broker : « Mon employeur »
Pour contrer le repli sur soi, l’employeur apparaît comme l’acteur le mieux placé pour recréer de la confiance, et la seule institution dont une majorité estime qu’elle remplit réellement ce rôle. Auprès des salariés, la confiance envers “mon employeur” atteint 78 %, soit 14 points de plus que les entreprises (64 % auprès du grand public) et 25 points de plus que les gouvernements (53 %).
Le CEO est attendu comme chef d’orchestre de cette démarche (73 %), notamment à travers :
la consultation de personnes aux valeurs et aux parcours différents lors des prises de décision (75 %),
l’engagement constructif avec les collaborateurs critiques ou sceptiques (74 %).
Les managers de proximité, les collègues, ainsi que certaines figures locales de confiance (médecins, leaders communautaires) ont également un rôle clé à jouer dans ce travail de médiation.
« À l’approche des échéances électorales locales et nationales, les enseignements du Trust Barometer 2026 résonnent tout particulièrement en France.
La montée du repli sur soi et la fragmentation de la confiance fragilisent la capacité à débattre, à faire des choix collectifs et à se projeter dans l’avenir. Dans ce contexte, le besoin de confiance, de dialogue et de repères communs devient central. Les entreprises — en tant qu’employeurs et acteurs de proximité — ont un rôle clé à jouer pour recréer des espaces d’échange et de compréhension ancrés dans le réel. », disent Anne-Cécile Thomann & Emlyn Korengold - Co-CEO d'Edelman France.
Autres enseignements clés du Trust Barometer 2026
- Un fossé de confiance social qui s’élargit : L’écart de confiance entre hauts et bas revenus est passé de 6 points en 2012 à 15 points en 2026, avec des écarts particulièrement élevés aux États-Unis (29 points), en Indonésie (26), au Nigeria (26), en France (22) et en Arabie Saoudite (21).
- Les principaux facteurs de défiance : Inflation (54 %), désinformation (50 %), pandémie de COVID-19 (43 %), guerres commerciales (37 %) et montée en puissance de l’IA générative (37 %).
- Du “nous” au “moi” : Les dirigeants institutionnels enregistrent des pertes nettes de confiance — gouvernements nationaux (–16), grands médias (–11), dirigeants d’entreprises étrangères (–6) — tandis que les cercles proches progressent : voisins, famille et amis (+11), collègues (+11) et CEO (+9).
- Les économies développées en bas du classement de la confiance : Pour la deuxième année consécutive, les pays développés ferment la marche de l’indice de confiance : Japon (38), France (42), Allemagne (44), Royaume-Uni (44), Espagne (45), Corée du Sud (46) et États-Unis (47).
- Les entreprises dépassent les ONG sur l’éthique : Pour la première fois, les entreprises sont perçues comme plus éthiques que les ONG. Leur score éthique progresse à 20, contre 17 pour les ONG, confirmant une tendance amorcée pendant la pandémie.